Rapports des groupes de travail

…

Rapport pour une école de la confiance

Les propositions de réformes d’un groupe d’Inspecteurs de l’Éducation Sans Frontières

Introduction

Ce texte émane d’un groupe d’inspecteurs ayant exercé des responsabilités à divers niveaux du ministère de l’Éducation nationale, du terrain aux responsabilités dans les cabinets et aux fonctions ministérielles elles-mêmes. Témoins des difficultés de mise en œuvre de transformations du système éducatif pourtant reconnues nécessaires et observateurs attentifs des initiatives prises par d’autres pays, ils formulent quelques propositions susceptibles de retrouver une école qui inspire « confiance ».
Faut-il rappeler que dans la « perte de confiance » vis-à-vis de l’école, souvent évoquée aujourd’hui, se mêlent le mal-être d’une partie des élèves, parfois en souffrance, et la conviction de certains parents qui affirment que l’enseignement (et en particulier l’enseignement public) se dégrade et ne répond plus à leurs attentes. Et cela malgré les réussites de l’institution scolaire qui a su faire face, en grande partie, à la massification comme à l’hétérogénéité des publics accueillis depuis un demi-siècle.
Perçue comme inégalitaire, ce que les récentes évaluations du Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA) confirment, comme le lieu de la reproduction sociale et de l’accentuation des inégalités socio-économiques[2], l’école n’est plus universellement vécue comme libératrice et émancipatrice mais souvent comme vecteur d’une violence symbolique qui s’exerce sur un nombre de plus en plus grand d’élèves et de familles.
L’ère de la défiance n’épargne pas les différents échelons de l’institution scolaire, aggravée en France par l’existence d’un système hiérarchique et la pérennisation de la centralisation malgré les évolutions récentes[3]. Ainsi les programmes sont sans cesse modifiés sans que les enseignants aient eu le temps d’assimiler les anciens et sans même que leur mise en œuvre ait fait l’objet d’une évaluation. À chaque changement de ministre (la France détiendrait le record d’avoir eu, depuis deux siècles, un ministre de l’Éducation par an en moyenne, soit, jusqu’en 2017, 185 ministres de l’éducation pendant 189 ans (Toulemonde et Le Neve, 2017)), les nouvelles réformes peuvent prendre le contre-pied des précédentes, sans justifications crédibles sur les buts recherchés.
Ce texte ne prétend pas traiter de l’ensemble des problèmes à résoudre mais il se concentre sur des réformes à promouvoir et des stratégies à mettre en œuvre.
Dans une perspective systémique et soucieux de hiérarchiser les mesures proposées, nous donnerons la priorité à la question des enseignants, dont la formation est la condition première de la qualité d’un système éducatif, nous poursuivrons en traitant du degré d’autonomie des établissements et du rôle de leur chef pour atteindre une plus grande efficacité, avant de promouvoir la contractualisation comme mode de pilotage du système et de conclure sur la nécessité de modifier en profondeur le rôle et le fonctionnement des corps d’inspection pour que leur action soit en cohérence avec les indispensables évolutions proposées.

1. Pour des enseignants mieux formés et responsables

Curieusement le métier d’enseignant cumule des caractéristiques propres à trois catégories de salariés : aux cadres par leur niveau d’études et leur style de vie, sinon par leurs salaires ; aux ouvriers spécialisés par les contraintes d’emploi du temps, le respect d’un programme, le peu d’initiative et de responsabilité dans le fonctionnement de l’établissement où ils exercent ; et enfin aux professions libérales par l’extraordinaire marge de manœuvre dont ils disposent solitairement dans la classe une fois la porte fermée.
De fait, la crise qui affecte la profession depuis plusieurs décennies et dont le symptôme principal est son manque d’attractivité (Commission européenne, 2014) tient à plusieurs facteurs déjà abondamment étudiés : absence de reconnaissance professionnelle, des conditions de travail chaotiques et de faibles rémunérations[4]. Ces différents aspects du malaise enseignant sont interdépendants. Il faut reconnaitre que les réformes consenties ces dernières années, notamment en matière de rémunération, n’ont pas été accompagnées par les changements profonds du métier d’enseignant qui s’imposaient, en particulier, en matière d’organisation et de temps de travail.

1.1. La formation des maîtres

Base de la qualité d’un système éducatif, le recrutement et la formation sont en France parmi les principales raisons des médiocres performances de l’École aujourd’hui[5].

1.1.1. Pour une formation initiale profondément revue[6]

Si la création dans la loi de 2013 des Écoles supérieures du Professorat et de l’Éducation (ÉSPÉ) résulte de la double volonté de mobiliser les compétences universitaires comme le font les autres pays de l’OCDE et d’enrichir les liens entre la formation, la pratique et la recherche, il faut, pour être efficace, d’abord renoncer à une formation professionnelle réduite à deux années après la licence, ensuite abandonner le mythe d’un modèle commun à tous les métiers de l’enseignement et enfin veiller à favoriser l’émergence d’une école du socle qui évite la brutale rupture entre l’école primaire et le collège. On ne modifiera en profondeur les performances de l’enseignement primaire et secondaire que si l’on considère qu’enseigner est un métier et que la maîtrise d’une ou de plusieurs disciplines ne constitue qu’une composante, certes fondamentale, de l’expertise professorale à ces niveaux. Il faut admettre, comme l’ont fait la quasi-totalité des pays européens, que cette expertise justifie cinq années pleines d’une formation de haut niveau, simultanément disciplinaire et professionnelle, théorique et pratique et pas seulement, comme c’est le cas aujourd’hui en France, deux années – dont la préparation au concours – après l’obtention d’une licence.
Dans le premier degré, le professeur des écoles est d’abord un expert des apprentissages premiers. Il doit aujourd’hui, à partir de n’importe quelle licence, se former en deux années à enseigner toutes les matières alors qu’il a très généralement bénéficié d’une formation dans une seule discipline et pas nécessairement l’une de celles qui constitue le programme de l’école primaire. C’est ainsi que la grande majorité des enseignants du primaire n’ont plus fait de mathématique ou de sciences depuis le lycée. Nous proposons que les futurs professeurs des écoles préparent d’abord une licence pluridisciplinaire d’enseignement primaire dont le contenu doit être construit en fonction de tous les champs disciplinaires abordés à l’école avec des apports dans les sciences humaines, les technologies numériques et les neurosciences notamment. C’est sur la base solide de cette licence choisie après le baccalauréat que le candidat aux fonctions d’enseignant dans le primaire préparera le master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation ».
Dans le second degré, la formation doit satisfaire des exigences variées sinon contradictoires :

  • celles qu’imposent la construction d’une école du socle et la nécessaire continuité entre l’école et le collège,
  • celles qui découlent du fait que la très grande majorité des collégiens poursuit ses études au lycée (général, technologique ou professionnel) et que la maîtrise des savoirs disciplinaires des professeurs doit grandir avec l’élévation du niveau des élèves et leur spécialisation progressive,
  • celles aussi qui résultent de la nécessité de ne pas enfermer les enseignants dans un niveau scolaire mais au contraire de favoriser une mobilité au moins au sein du système. Un minimum de flexibilité est favorable à la gestion des carrières enseignantes et au fonctionnement du système lui-même.

En conséquence, nous proposons que la formation des professeurs des lycées et collèges prenne appui sur une licence d’enseignement bi-disciplinaire avec une discipline majeure et une discipline mineure comprenant également des éléments de préprofessionnalisation. Le master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » devrait permettre un approfondissement disciplinaire et proprement professionnel. Dans ces conditions, affectés au collège, les professeurs seraient nécessairement bivalents évitant ainsi la rupture trop brutale entre l’école et le collège et favorisant la cohérence d’une école du socle. Affectés en lycée, ils seraient soit monovalents dans la discipline majeure de leur licence soit bivalents comme le sont déjà les professeurs d’enseignement général des lycées professionnels. À terme, les professeurs agrégés enseigneraient exclusivement dans les années terminales du lycée et les premières années de l’enseignement supérieur.
Nous pensons qu’il est indispensable, pour tous les enseignants, de procéder à un rééquilibrage de la formation qui devrait conduire à un abandon, au moins une modulation, du modèle consécutif (soit une formation universitaire suivie aujourd’hui d’une formation professionnelle d’un peu plus d’un an) pour adopter le modèle simultané combinant en alternance le volet académique et le volet professionnel, mettant ainsi fin à une exception française en Europe, en particulier dans l’enseignement primaire où la France est le seul pays, avec le Portugal, à avoir adopté le modèle consécutif (Eurydice, 2013, p.24).

1.1.2. Pour une formation continue enfin existante

La formation continue est le parent pauvre du système éducatif français. Les premières années en situation dans leur classe (huis clos où peuvent se passer le meilleur et le pire), les enseignants sont trop souvent abandonnés à leur sort. Leur accompagnement est estimé essentiel dans les rapports de la Commission européenne sur le métier d’enseignant (en particulier « the attractiveness of teaching Profession in Europe ». Ainsi les nouveaux enseignants devraient-ils, à notre avis, au moins pendant leurs trois premières années de carrière, et non seulement durant leur première année, bénéficier d’un tutorat exercé par des maîtres expérimentés, des conseillers pédagogiques travaillant collectivement, qui pourraient être recrutés parmi les meilleurs maîtres de l’académie, reconnus tant par leurs pairs que par leur hiérarchie et qui bénéficieraient de décharges de service.
Une fois nommés dans leur établissement, les enseignants peuvent ne jamais recevoir de formation. La formation continue qui est pourtant reconnue comme un droit pour tous les membres de la Fonction publique existe très insuffisamment dans l’Éducation nationale. L’organisation d’échanges d’expériences ne saurait constituer qu’une première démarche.
C’est en fait toute la conception de la formation continue des enseignants qui est à repenser pour devenir un élément constitutif de leur carrière. Dans tous les cas, la formation ne peut pas être « facultative » et « au choix ». Nous pensons qu’elle devrait tendre à devenir obligatoire, compte tenu de l’évolution des disciplines et de nos connaissances. Elle constitue une composante permanente du métier et bien évidemment son déroulement ne pourra pas se situer à l’intérieur du service dû aux élèves : elle devra avoir son temps propre à l’intérieur d’un « service » global dorénavant redéfini sur l’année.
L’essentiel réside dans le fait que les efforts de formation fournis par les enseignants se traduisent par des certifications qui peuvent prendre les formes les plus variées mais qui seront, ensuite, dans tous les cas, prises en compte dans l’évolution de la carrière de chacun.

1.2. La carrière des enseignants : pour un nouveau mode de gestion des ressources humaines

Nous prenons acte du décret du 5 mai 2017 définissant des nouvelles modalités de promotion dans la carrière à partir de trois rendez-vous, établis à dates fixes et prévisibles, dans la vie professionnelle de l’enseignant, mais d’ores et déjà, nous émettons des réserves sérieuses sur la pertinence et l’efficacité d’une évaluation ponctuelle et individuelle en cours de carrière (alors qu’en Europe, le contrôle individuel a progressivement évolué vers une évaluation de l’équipe pédagogique mais également vers des auto-évaluations menées ou aidées par des pairs ou par un interlocuteur de proximité (OECD, 2014)). Selon nous, ces modalités d’évaluation ne répondent pas à la nécessité d’un travail plus collaboratif des enseignants. Plutôt que des évaluations individuelles des enseignants, nous proposons des évaluations d’équipes pédagogiques disciplinaires et pluridisciplinaires.
La carrière des enseignants pourrait se concevoir en fonction des missions et responsabilités qu’ils prendraient progressivement dans leur établissement : tuteurs, conseillers pédagogiques, coordinateurs de disciplines ou de niveau, formateurs, responsables de la pédagogie auprès du chef d’établissement. Elle devrait également offrir des possibilités de mobilité soit au sein de leur corps, en devenant, par exemple, des conseillers pédagogiques formateurs soit en changeant de corps.
Si dans le cadre d’une autonomie accrue des établissements, les enseignants pouvaient être plus largement recrutés sur profil (ce que les textes actuellement en vigueur permettent), leur affectation dans un établissement et leur progression dans la carrière ne seraient plus obtenues en fonction de leur barème (reposant essentiellement sur l’ancienneté) mais de leurs compétences et des responsabilités déjà exercées dans le système éducatif.
En outre les enseignants devraient également systématiquement progresser dans leur carrière en fonction des certifications obtenues en formation continue.

2. Pour des établissements autonomes et évalués

2.1. Une autonomie à renforcer

La création, par la loi de 1983, des Établissements Publics Locaux d’Enseignement (EPLE) pour les lycées et collèges instaure une autonomie renforcée pour les établissements, mais le bon équilibre entre le centre et le local n’est pas encore trouvé[7]. En particulier, les parents sont souvent les grands oubliés du système scolaire français, ce qui n’est pas le cas dans nombre de pays : au Québec, par exemple, où au mois de septembre de chaque année, le président du conseil d’établissement ou, à défaut, le directeur de l’école, convoque obligatoirement, par écrit, tous les parents des élèves fréquentant l’école à une assemblée dite « assemblée générale annuelle (AGA) », véritable institution politique et administrative, afin de les impliquer dans la marche de l’établissement (loi sur l’Instruction publique, 1988, article 96). Nous pensons qu’en France, il faut encore accroître le degré d’autonomie consentie aux établissements. Rappelons que l’autonomie n’est pas l’autogestion, elle repose sur un projet d’établissement (inscrit dans la loi du 10 juillet 1989, article 18) qui s’inscrit dans la politique générale définie par les autorités rectorales (projet rectoral) et qui prend également en compte les spécificités du terrain. Mais pour qu’un établissement puisse bénéficier d’une relative autonomie, il devrait disposer d’une liberté pédagogique accrue (en particulier le recours plus large au recrutement des enseignants sur profil) et d’une marge de manœuvre supplémentaire d’utilisation des moyens dont il dispose, quelle qu’en soit la source[8]. L’autonomie suppose une évaluation a posteriori des résultats obtenus.

2.2. Des établissements publics locaux d’enseignement à créer à tous les niveaux

En vertu de la loi du 5 mai 2005, article 9, « la scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société ». Mais ce socle commun de connaissances, de compétences et de culture que tout élève devrait avoir acquis au terme de sa scolarité obligatoire implique que se mette en place une école du socle qui rapproche l’école primaire du collège ; or aujourd’hui, en 2018, cette école du socle commun n’a toujours pas de véritable existence.
Compte tenu des résultats très moyens obtenus à la fin du collège (attestés par les récentes évaluations internationales[9]) une remise en cause de l’organisation de la scolarité obligatoire nous paraît inévitable. La discontinuité entre l’école et le collège reste trop grande. Malgré les premiers efforts de rapprochement, l’organisation pédagogique demeure relativement inchangée : l’enfant passe d’un maître unique à l’école primaire à au moins huit enseignants au collège. Quelle que soit la bonne volonté des personnels qui y travaillent, ce niveau reste encore aujourd’hui celui où s’amorcent les décrochages et les échecs, et où se développe, encore trop souvent, une certaine violence. Loin de réduire les écarts constatés chez les élèves de 15 ans (et les écarts socio-culturels souvent corrélés[10]), elle les accentue et détermine lourdement le parcours ultérieur. Là encore, il ne suffit pas d’ajouter les réformes aux réformes. Rien ne changera sans une rupture effective avec le modèle du « petit lycée »[11]. En particulier, les statuts des enseignants du primaire et du collège devraient se rapprocher de manière à permettre des échanges de service. Une véritable école du socle devrait assurer une réelle continuité du cours préparatoire (CP) à la troisième.
Aujourd’hui l’école primaire ne dispose d’aucun statut alors que les collèges, depuis 1983, sont des EPLE. L’idée a été émise, dès 2004, d’attribuer aux écoles primaires le statut d’EPLE où le directeur d’aujourd’hui « primus inter pares », pourrait faire fonction de chef d’établissement[12]. Mais il nous paraît beaucoup plus conforme aux parcours souhaités pour les élèves de constituer des « écoles du socle commun » regroupant un collège et les écoles de son secteur de recrutement. Cette école du socle commun aurait le statut d’EPLE avec un chef d’établissement.
Au-delà de la scolarité obligatoire, les élèves sont « orientés » (pas nécessairement conformément à leurs vœux), pour la très grande majorité d’entre eux, vers des études courtes ou longues. Des cursus nouveaux scolaires et universitaires allant de Bac -3 à Bac +3, davantage conformes aux souhaits et aptitudes des élèves, nous semblent éminemment souhaitables. Ces cursus articuleraient les études en lycées professionnels ou en lycées d’enseignement général et technologique avec celles conçues dans des institutions post bac et éventuellement dans de futurs collèges universitaires, autonomes au sein des universités.

2.3. Des chefs d’établissement responsables

Malgré l’autonomie que confèrent les textes[13] aux chefs d’établissement, ces derniers sont en butte à un contrôle tatillon qui frise le harcèlement bureaucratique et « textuel » de la part de leur hiérarchie et aux pressions de leurs deux autorités de tutelle (recteur et président des collectivités locales concernées). Il ne s’agit pas pour autant d’en faire des « petits chefs » comme le craignent certaines organisations syndicales mais au contraire de leur permettre, en s’entourant d’une équipe élargie, comprenant des responsables de la pédagogie, de piloter efficacement leur établissement. Au lieu et place d’un contrôle tatillon, il faut privilégier la politique du contrat, sous la réserve qu’il ne soit pas léonin et que l’attribution des moyens pour une durée déterminée, le pouvoir de gestion, les modalités de l’évaluation soient en conformité avec les termes du contrat. Les chefs d’établissement devraient être recrutés et formés pour devenir de véritables animateurs de projets pédagogiques, pour gérer des établissements « auto-apprenants », établir des liaisons avec les chercheurs, installer des relations harmonieuses avec les collectivités territoriales et l’ensemble des ressources locales.
Pour donner tout son sens au projet d’établissement faisant l’objet d’un véritable contrat qui lie l’établissement, le rectorat et la collectivité territoriale concernée, le chef d’établissement ne peut pas être en même temps, le représentant de l’État et le président du conseil d’administration de l’établissement. Il doit pouvoir rendre des comptes devant le conseil d’administration présidé par une personnalité extérieure et parallèlement devant son autorité de tutelle.
C’est pourquoi, nous proposons que le conseil d’administration de l’établissement scolaire (EPLE) de l’école du socle comme du lycée ne soit plus présidé par le chef d’établissement, lui-même soumis à sa hiérarchie, mais par une personnalité qualifiée, comme cela a déjà été envisagé et comme c’est le cas pour les lycées agricoles. L’avantage de ce conseil d’administration ainsi présidé par une personnalité qualifiée consiste à le mettre en position de suivre la mise en œuvre du projet d’établissement. Le conseil d’administration pourrait également vérifier l’utilisation des moyens mobilisés de façon à pouvoir infléchir la politique de l’établissement. Il reviendrait à l’établissement d’en tirer les conséquences.

2.4. Des établissements réellement évalués

Nous constatons que les projets d’établissement prévus par la loi d’orientation sur l’Éducation du 10 juillet 1989, dite loi Jospin, sont restés, depuis des décennies, le plus souvent des coquilles vides qui n’ont fait qu’exceptionnellement l’objet d’une véritable évaluation. Or plus l’autonomie des établissements, exprimée à travers son projet, sera accrue, plus l’évaluation de sa mise en œuvre et des résultats obtenus s’avérera indispensable. En Europe, les évaluations des établissements sont inégalement pratiquées et quand elles sont pratiquées, elles peuvent être suivies d’effets ; c’est le cas en Angleterre, par exemple (Demailly, 2006). Ainsi dans ce pays, les évaluations effectuées par les inspecteurs de l’Office For Standarts in Education, Children’s Services and Skills (OFSTED, service financé par le gouvernement britannique mais ne relevant pas de la responsabilité directe du ministre), peuvent conduire à la fermeture de l’établissement. Le système en place en Ecosse est sans doute plus instructif pour nous. L’Écosse a, en effet, à sa disposition des Her Majesty Inspectors of schools (HMI) qui constituent un corps d’experts, attachés au ministre. Ces inspecteurs procèdent à intervalle régulier, selon une batterie d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs, à des audits externes des établissements scolaires, de manière à les conduire progressivement à un système d’auto-évaluation. Le rapport d’inspection, après discussion avec le chef d’établissement et le représentant du conseil des parents d’élèves, est rendu public et envoyé à chaque parent. Après l’audit, le relais est pris par les autorités locales qui accompagnent les établissements pour les aider à améliorer leurs résultats. Le Québec fournit également un exemple intéressant d’évaluation des performances des établissements par des « commissions scolaires » toutes puissantes, rassemblant des acteurs et des usagers de l’École élus au suffrage universel dans un secteur géographie donné et rendant régulièrement des comptes à leurs électeurs (loi sur l’Instruction publique, 1988, article 176).
Ces exemples étrangers sont pour nous sources de réflexion, mais notre système d’évaluation doit prendre en compte le contexte français. Nous proposons donc que les établissements scolaires fassent régulièrement (soit tous les trois à quatre ans) l’objet d’audits externes effectués par des commissions composées de personnalités et d’experts compétents en matière d’éducation (le ministre Jean-Michel Blanquer propose dans le même esprit une inspection collective des établissements (Blanquer, 2016)).
Le chef d’établissement et ses équipes ainsi que le conseil d’administration devraient ensuite en tirer toutes les conséquences, en particulier mettre en place les formations continues correspondant aux besoins révélés par l’audit, également proposer des promotions de carrière pour certains personnels dont l’audit aurait constaté les efforts et les réussites et d’une façon générale, prendre toutes les mesures à même d’améliorer les résultats.

3. Pour une contractualisation véritable du pilotage administratif

3.1. Un pilotage inscrit dans la durée

L’évolution de l’école s’effectue sur le temps long qui n’est pas celui du politique. Ainsi il nous paraît éminemment souhaitable que les responsables du système scolaire et universitaire, à tous les échelons, soient assurés d’une relative stabilité.
Idéalement le ministre de l’Éducation nationale et celui de l’enseignement supérieur devraient être nommés pour la durée de la législature mais il est impossible de leur donner, au sein du gouvernement, un statut à part.
En revanche, nous proposons que le recteur, représentant le ministre dans son académie, soit nommé en conseil des ministres pour quatre ans, renouvelable une fois, sauf faute grave, sans crainte d’être remercié chaque mercredi lors d’un conseil des ministres. Cette stabilité des fonctions rectorales serait de nature à permettre au recteur d’impulser une véritable politique dans son académie et d’en rendre compte, en toute confiance, sereinement et régulièrement au ministre de l’Éducation qui disposerait ainsi d’une meilleure connaissance et compréhension du terrain. Les recteurs ne se croiraient donc plus obligés d’expliquer au ministre, en particulier en conférence des recteurs, que tout va pour le mieux et que la politique voulue par le ministre est parfaitement comprise et appliquée à la base.
À l’échelon départemental, le directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN), représentant le recteur dans le département, est déjà nommé pour quatre ans, renouvelable une fois. Les chefs d’établissement de l’école du socle comme ceux des lycées pourraient également être nommés pour la même période, renouvelable un fois, sur place.

3.2. Un rectorat à renforcer à l’échelle des régions

Nous proposons que, face à des régions qui disposent de pouvoirs grandissants, le recteur puisse disposer des moyens de remplir une véritable mission d’intérêt général dans le domaine de l’éducation et de la formation. Aujourd’hui, le rectorat qui est un simple échelon déconcentré de l’administration centrale ne dispose d’aucun budget propre. Nous proposons que le rectorat se transforme en établissement public administratif dénommé « établissement public régional » (EPR), selon une logique de décentralisation, comme cela a déjà été envisagé dans le passé, et abandonné en 2004 par le cabinet du ministre Luc Ferry. Il deviendrait ainsi une personne morale de droit public, disposant d’une autonomie administrative et financière, lui permettant un véritable pilotage de l’académie. Le recteur aurait l’obligation de présenter et d’exécuter un budget en équilibre, comprenant une dotation ministérielle calculée selon les principes actuellement en vigueur à l’administration centrale et également des financements hors subvention ministérielle, tels que des fonds européens, le Fonds social européen, la taxe d’apprentissage ou des fonds de la formation continue. Le rectorat aurait également l’assise juridique lui permettant d’être un opérateur de coopération européenne et internationale. Le conseil d’administration de l’EPR permettrait la participation de tous les acteurs en éducation et en formation nécessaires à la conduite de la politique académique et devrait être présidé, non par le recteur, mais par une personnalité qualifiée extérieure. Ce conseil d’administration aurait à approuver les objectifs à atteindre, les actions à mener et les financements à mettre en œuvre, dans le cadre d’un projet académique, à charge de présenter ensuite devant le conseil d’administration le bilan des actions financées. Cette évolution, dont la proposition n’est pas nouvelle (puisqu’elle avait déjà été envisagée en 2002) présente plusieurs avantages. Non seulement elle donne une bien meilleure stabilité de direction car les directeurs, en l’occurrence les recteurs, seront nommés pour quatre ans renouvelable une fois, mais elle donne également au rectorat devenu EPA, une solidité opérationnelle indispensable dans le travail à mener avec les nouvelles régions. Elle allège l’environnement administratif d’échelons et de structures qui sont autant de prés carrés, elle permet surtout une organisation calée sur le parcours des élèves, en particulier pour la formation professionnelle et la formation continue tout au long de la vie. Elle traduit une volonté d’aller vers un modèle de gouvernance multi-niveaux, l’État acceptant de se dépouiller de ses prérogatives pour faire confiance aux niveaux décentralisés (Bance, 2016).

3.3. Un ministère de l’Éducation nationale stratège

On a beaucoup ironisé sur le ministère, surnommé « le Mammouth » (Toulemonde et Le Neve, 2017) qui a pris, du fait de la tradition jacobine française, une taille excessive. Mais contrairement à la Finlande qui a supprimé son ministère de l’Éducation ou à l’Allemagne fédérale, l’existence d’un ministère de l’Éducation nationale nous paraît indispensable, en France, pour, dans une démarche stratégique, décliner les grandes orientations telles qu’elles ont été fixées par le ministre et pour corriger, sur le terrain, les plus grandes disparités.

4. Faut-il supprimer l’inspection ou la transformer ?

4.1. Le constat : l’image brouillée

Des pays étrangers, comme la Finlande sans parler des États-Unis, de la Russie de l’Allemagne ou du Québec ont supprimé toute inspection ou même n’en ont jamais eu.
En France, il est permis de s’interroger sur les rôles et les missions des inspecteurs dont l’image, sans être nécessairement toujours mauvaise, est cependant souvent brouillée, floue et ambiguë, principalement pour les raisons suivantes :
– La confusion des rôles : les inspecteurs aux différents échelons locaux, régionaux et nationaux du système scolaire sont régulièrement placés en situation d’être « juges et parties ». Il leur est demandé tout à la fois d’accompagner des réformes sur le terrain et de les évaluer.
– Les modalités des inspections individuelles ponctuelles des enseignants sont souvent vécues comme stressantes, infantilisantes et rarement de nature à faire évoluer les pratiques.
– L’accumulation des tâches administratives et des évaluations pédagogiques qui sont confiés aux mêmes inspecteurs. Tel est, en particulier, le cas pour l’inspecteur de l’Éducation nationale (IEN) du premier degré qui assure un travail de responsable administratif dans sa circonscription (qui peut faire doublon avec celui des services départementaux) et en même temps qui est inspecteur pédagogique, chargé de l’évaluation, de l’accompagnement et de la formation des professeurs des écoles.

4.2. Un cœur de métier : l’évaluation

Ces différents constats nous amènent à proposer une clarification des missions des diverses inspections qui rompent avec les pratiques actuelles et qui soient centrées sur l’évaluation, le cœur du métier des inspecteurs.
Cette mission d’évaluation n’est aujourd’hui pas remplie de façon satisfaisante. L’hypothèse de la création d’une agence indépendante, confiée à des experts extérieurs à l’Éducation nationale, est plausible, comme cela se pratique dans d’autres pays comme l’Angleterre par exemple. Déjà beaucoup d’évaluations se font en dehors des corps d’inspection par les Commissions parlementaires, la Cour de Comptes, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO)[14] ou la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP).
Afin d’évaluer la qualité de l’enseignement et les résultats de la politique éducative à l’échelle de l’établissement, de l’académie, de la région et du pays, nous proposons que les inspecteurs se consacrent essentiellement à leurs tâches d’évaluateur, dans une démarche propre à l’audit, et qu’ils soient déchargés de tâche administrative, qu’ils soient des inspecteurs chargés principalement du 1er degré (IEN), des inspecteurs pédagogiques régionaux (IPR) ou inspecteurs généraux.
Ainsi, pour un établissement de l’école du socle ou d’un lycée, des équipes d’évaluateurs de différentes origines, dans une démarche d’audit, se prononceraient, à intervalles réguliers, sur la pertinence du projet d’établissement et sur la qualité des résultats obtenus.
De même, pour l’évaluation du projet académique des rectorats, devenus des EPR, des équipes constituées d’inspecteurs généraux, d’élus, d’universitaires et d’experts reconnus évalueraient, sous forme d’audit, la pertinence du projet et les résultats obtenus.
En cas de dysfonctionnement perturbant la vie d’un établissement ou d’un service ou de cas graves concernant un personnel, les inspecteurs des divers corps d’IEN, d’IPR et d’inspections généraux sont toujours tenus d’effectuer les inspections à caractère disciplinaires qui leur sont demandées.
Les inspecteurs auraient toujours un rôle d’expertise auprès des échelons administratifs départementaux, académiques et nationaux du système scolaire, que ce soit auprès du directeur académique des services de l’Éducation nationale, auprès du recteur ou du ministre.
Mais nous insistons sur le fait que les tâches des inspections sont du domaine de l’évaluation et qu’en conséquence il ne nous paraît pas logique de demander à des inspecteurs de participer à l’élaboration des réformes et des programmes (comme cela s’est fait dans le passé) et ensuite d’en contrôler et d’en évaluer leur application. Rien n’empêcherait cependant un inspecteur, un inspecteur général, par exemple, d’être individuellement mis, pour un temps limité, à disposition auprès du ministre ou d’un groupe de travail pour participer à l’élaboration de nouvelles réformes ou de nouveaux programmes.

4.3. Enrichir les compétences en facilitant les passages entre fonction de direction et d’inspection.

À l’évidence, les chefs d’établissement et les inspecteurs ont une palette de compétences partagées et leur formation en partie commune ; l’accès d’ores et déjà possible des fonctions de direction à celles d’inspection en atteste. On enrichirait la compétence de tous les personnels d’encadrement et on renforcerait leur efficacité et leur crédibilité vis-à-vis des enseignants en fluidifiant considérablement les passages d’une fonction à l’autre[15].

4.4. À qui confier l’accompagnement des réformes ?

À la lumière des propos recueillis dans les établissements, tant auprès des enseignants que des inspecteurs, nous avons des doutes sur l’opportunité de faire accompagner les réformes par les inspecteurs qui seront, par la suite, amenés à les évaluer et qui, en outre, avaient déjà été conduits à défendre la réforme précédente, parfois fort récente.
Il est vrai que l’animation et l’accompagnement des équipes enseignantes ne peuvent être conduites par les seuls chefs d’établissement, des apports extérieurs sont nécessaires dans la durée et doivent être clairement distincts de l’évaluation externe, de l’inspection et du contrôle
Le dispositif des conseillers pédagogiques, recrutés parmi les meilleurs enseignants de l’académie (dont nous avons précédemment souligné dans ce texte la nécessité), trouverait ici toute sa raison d’être, tant dans les écoles du socle que dans les lycées, pour expliciter et débattre avec les enseignants de la mise en œuvre des évolutions et des changements qui leur sont demandés.

4.5. Une, deux ou trois inspections générales ?

L’histoire des inspections générales est déjà longue et les transformations nombreuses. L’inspection générale de l’éducation nationale (IGEN), forte de 156 membres (en 2016) répartis en 14 groupes, est née en 1802 en temps qu’inspection générale des études (comprenant alors 2 membres) ; elle intégrera progressivement l’inspection générale des maternelles (créée en 1886) puis celle de l’inspection générale de l’enseignement technique (créée en 1921).
L’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) créée en 1965 (95 membres) est l’héritière de l’inspection générale des services administratifs (créée en 1920) et sa compétence dans le domaine de la recherche ne date que de 1999.
L’inspection générale des bibliothèques datant de 1822 compte 9 membres et est placée sous la tutelle du ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche et mise à la disposition du ministre chargé de la culture.
Faut-il conserver cette atomisation des inspections ou continuer les évolutions jusqu’à la fusion des trois inspections générales en considérant notamment que toute décision administrative a des répercutions pédagogiques et inversement ? Nous considérons que les évaluations ou les audits des établissements ou des académies doivent nécessairement mobiliser les différentes compétences comme ce fut le cas de manière exemplaire lors des évaluations conjointes des académies réalisées dans le passé. Michèle Sellier écrivait en 2016 : « Continuer de séparer deux inspections, c’est risquer une dérive qui semble menacer tout le système éducatif et universitaire français : rechercher, dans un cadre inchangé, l’éducation des jeunes au moindre coût plutôt que de tenter d’innover et ensuite d’évaluer » (Sellier, 2016). Nous proposons en conséquence de réunir les trois inspections et au moins l’IGEN et l’IGAENR.
La peur d’être jugé, qui paralyse de haut en bas le système éducatif, est sans doute un des maux principaux dont souffre notre École, pour ne pas dire notre culture française. Cette peur se traduit souvent par le silence et le repli de l’élève qui craint de « dire une bêtise », par la politique de la cloison étanche entre collègues soucieux de ne pas livrer leurs doutes et leurs faiblesses, voire par l’omerta pratiquée par des cadres qui cachent des réalités qui pourraient nuire à leur image, alimentant par-là la spirale de la désinformation. C’est dans ce contexte infantilisant et culpabilisant que les inspecteurs exercent souvent leurs missions.
Afin de rompre avec cet état d’esprit, d’ouvrir des portes closes et d’abandonner la langue de bois, nous proposons de repenser la place et le rôle des inspecteurs et de les transformer en « évaluateurs-experts », en cohérence avec les réformes suggérées dans le présent texte.

Conclusion

Pour le système d’enseignement, le choix d’organiser les fonctions opérationnelles au niveau régional avec des rectorats érigés en établissement public et au niveau local avec des établissements publics locaux d’enseignement intégrant collèges et écoles primaires relève d’une démarche nouvelle cherchant à combiner une gestion aussi décentralisée que possible avec des exigences de solidarité. De même réserver les fonctions stratégiques de définition des politiques éducatives au niveau de l’État central signe notre volonté d’adopter le modèle de gouvernance de l’État stratège (Bance, 2016) qui permet de renforcer la responsabilité et l’investissement des acteurs s’appropriant en toute confiance leur école.
Responsables devant des conseils d’administration qu’ils ne président pas et dont les usagers sont membres, les recteurs et les chefs d’établissement sont ainsi en réelle capacité de faire participer, chacun à leur niveau, tous les acteurs à la mise en œuvre des politiques publiques d’éducation. L’État conserve et renforce son rôle d’évaluation et de contrôle grâce notamment aux corps d’inspections dont l’activité est recentrée sur leurs fonctions d’auditeur et dont les rapports publics sont source de débats démocratiques. L’État central est en situation de veiller à corriger les inégalités entre les établissements et les territoires.
L’école française, indissolublement liée à la République, devrait ainsi assumer davantage sa mission de service public conçu comme un instrument majeur de la promotion de l’intérêt général.
« Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance… Oui la République est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace » comme le déclarait Jean Jaurès lors de son discours à la jeunesse au lycée d’Albi en 1903[16].

1 Les auteurs, membres de l’association « Inspecteurs de l’Éducation Sans Frontières » www.iesf-asso.org sont : André HUSSENET, responsable du groupe de réflexion, Michèle SELLIER présidente d’IESF, Nicole BALDET, Robert CHAPUIS, Jean-Pierre DELAUBIER, Françoise DUCHENE, Anne-Marie HOUILLON, Jean-Marie LOCHET, Françoise MONTI, Héla NAFTI, Jacques PERRIN, Jean-Claude RAVAT, Jean SALLES-LOUSTAU et Christian SAINT-LEZER.
2 Cf annexe statistique à la partie 3, les performances scolaires et leurs déterminations sociales : Les performances moyennes tableau 1 et Performance en sciences et origine sociale tableau 2.
3 Cf le texte de Bernard Toulemonde, Autonomie et décentralisation du système éducatif.
4 Cf annexe statistique à la partie 2, les dépenses d’éducation et les caractéristiques des enseignants : II – Les enseignants, les salaires des enseignants tableau 2.
5 Cf annexe statistique à la partie 3 déjà citée.
6 Cf le texte de Daniel Filâtre, La formation des enseignants.
7 Cf le texte de Bernard Toulemonde déjà cité.
8 Cf le texte de l’équipe des enseignants du lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, Le lycée Le Corbusier : le commun à l’ouvrage.
9 Cf l’annexe statistique à la partie 3 déjà citée, les performances scolaires.
10 Cf l’annexe statistique à la partie 3 déjà citée, Performance en sciences en origine sociale.
11 Cf le texte de Jacques Fournier, Les deux étages du système éducatif école du socle et éducation différenciée.
12 Cf le texte de Christian Forestier, De la loi Peillon aux orientations du présent quinquennat : la priorité à l’école primaire.
13 Cf le texte de Bernard Toulemonde, déjà cité.
14 Cf le texte de Nathalie Mons, Quelques réflexions sur une politique d’évaluation du système scolaire.
15 Proposition figurant également dans (Blanquer, 2016, p.109).

Références bibliographiques

  • Loi 83-633 du 22 juillet 1983 portant répartition de compétences entre les communes, les départements, les régions et l’État.
  • Loi 89-486 du 10 juillet 1989 d’orientation sur l’éducation.
  • Loi 2005-380 du 5 mai 2005, d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école.
  • Loi 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République et loi 2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche.
  • Loi du sur l’Instruction publique, 1988, Québec.
  • Décret 2017-886 du 5 mai 2017 modifiant divers décrets portant statut particulier des personnels enseignants et d’éducation du ministère chargé de l’éducation nationale.
  • BANCE P., dir., 2016, « Quel modèle d’Etat stratège en France ? », Rouen, Presses Universitaires de Rouen.
  • BLANQUER J-M., 2016, « L’Ecole de demain », Odile Jacob.
  • Commission européenne/EACEA/Eurydice, 2013. Chiffres clés des enseignants et des chefs d’établissement en Europe. Édition 2013. Rapport Eurydice. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne.
  • Commission européenne, 2014, The attractiveness of teaching Profession in Europe, http://ec.europa.eu/education/news/2014/2010428-teaching-profession-attractive en htm.
  • DEMAILLY L., 2006, « En Europe : l’évaluation contre la crise des systèmes scolaires, l’évaluation en crise », Education et Sociétés, n°17.
  • Eurydice, 2008, Responsabilités et autonomie des enseignants en Europe, Direction générale de l’Education et de la Culture, Commission européenne.
  • OECD, 2014, Teaching and Learning International Survey, Talis-2013.
  • PAQUAY L., 2004, L’évaluation des enseignants : tensions et enjeux, L’Harmattan.
  • SELLIER M., 2016, « D’une inspection à l’autre – témoignage », Revue Administration et Education de l’AFAE, hors-série « Le cinquantenaire de l’IGAENR, de 1965 à aujourd’hui, et demain… ».
  • TOULEMONDE B et LE NEVE S, 2017, Et si on tuait le mammouth ?, L’aube.

Rapport École rurale

Les écoles rurales, cœur d’une stratégie pour les territoires

Travailler sur l’école rurale, c’est d’abord s’intéresser à l’École conçue en France comme une institution indissolublement liée à la République et un moyen de former des citoyens libres et éclairés. En ce sens l’École est un projet démocratique qui est le même en tous lieux : les visées de l’enseignement et de l’éducation ne varient pas selon que l’on habite en centre-ville, dans une banlieue défavorisée, une cité-dortoir ou à la campagne.

Réfléchir à la manière d’atteindre les objectifs de l’École précisément aujourd’hui, c’est pour l’institution chercher les moyens d’adapter les modalités de l’enseignement aux caractéristiques de chaque territoire. Cette démarche s’impose particulièrement dans les territoires ruraux dont la diversité géographique et économique et les évolutions démographiques sont souvent méconnues ou ignorées. D’autre part, l’adaptation de l’école au territoire implique la mobilisation des acteurs locaux, parents, élus, responsables d’associations, partenaires économiques, afin de fédérer toutes les ressources utiles. Ces deux points de vue sont nécessaires pour distinguer les responsabilités et les moyens d’action du niveau central, institutionnel, et celles du niveau local, environnemental.

L’école rurale, miroir des difficultés et des blocages du système éducatif français

L’école, et en particulier l’école rurale, se heurte à trois problèmes majeurs, d’ordre pédagogique et structurel, qui affectent les élèves, les enseignants et le fonctionnement du système.

1 Dans les territoires ruraux, comme dans les territoires urbains, les écoles sont coupées des collèges et de plusieurs manières. Les effets de cette réelle rupture entre école et collège, commune aux urbains et aux ruraux, pourraient, notamment à cause de l’éloignement, être encore plus négatifs sur les élèves des campagnes.

  • Leurs locaux, leurs équipements sont confiés aux communes ou aux intercommunalités  tandis que ceux des collèges le sont aux départements.
  • Les collèges, à la différence des écoles, sont des établissements publics locaux dotés d’une autonomie. Leurs modes de gestion sont en conséquence très différents.
  • Les enseignants des écoles ont désormais le titre de professeurs des écoles, sont devenus des professeurs polyvalents comme les instituteurs qui les ont précédés, mais avec un statut différent de ceux des collèges et des lycées où la spécialisation est la règle et la polyvalence, quand elle existe, est très limitée.
  • Une culture différente continue de séparer les enseignants du primaire et ceux du secondaire bien qu’ils bénéficient d’une formation partiellement commune.
  • Les pédagogies du primaire diffèrent grandement de celles du collège, notamment parce que l’enseignement, souvent dispensé à des élèves d’âge et de niveau différents, y est dispensé par un maître unique alors qu’au collège le temps scolaire est partagé entre une dizaine de professeurs qui s’adressent à des élèves regroupés par niveau (6ème, 5ème…).
  • Le socle commun de compétences et de connaissances attendues à la fin de l’école obligatoire n’a pas engendré « l’école du socle », nouvelle manière de nommer et de concevoir l’école fondamentale comme elle existe dans d’autres pays[1].

2 Les freins à l’évolution du recrutement et de la gestion des carrières enseignantes sont très communs quel que soit le lieu d’exercice.

  • L’attraction du métier est limitée notamment pour des raisons financières, de montant des rémunérations principalement en début de carrière.
  • L’importance donnée à l’ancienneté par rapport à celle accordée aux compétences et à l’engagement entraîne notamment une affectation des moins expérimentés dans les postes les plus exposés, les plus difficiles, les moins demandés et génère donc une grande mobilité justement dans les endroits, comme dans les communes rurales, qui exigent de la stabilité.
  • Bien que le niveau d’études requis ait été élevé à cinq années après le baccalauréat pour les professeurs des écoles comme pour ceux des lycées et collèges, plus pour des raisons statutaires que de maîtrise des disciplines enseignées ou de maîtrise des gestes professionnels, la part consacrée à la formation professionnelle spécifique n’est satisfaisante ni aux yeux des intéressés, ni à ceux des parents. La confiance ainsi accordée aux enseignants, le prestige dont la profession bénéficie s’en trouvent affaiblis et le recours aux écoles privées, sous ou hors contrat, est accentué quand la concurrence existe. La récente création d’écoles privées hors contrat, payantes, avec des pédagogies particulières en milieu rural, constitue sans doute une alerte pour le service public.

3 Si les relations de l’école avec son environnement et avec ses partenaires s’améliorent indéniablement il reste beaucoup à faire à tous les niveaux pour un partage clair des responsabilités sur les bons sujets et dans les bons moments.

  • Les décisions de carte scolaire, de fermeture de classe, prises parfois du point de vue des acteurs sans préparation ni concertation suffisantes et suffisamment à l’avance, fragilisent la crédibilité du système et la confiance que l’on peut lui accorder.
  • L’absence de recouvrement entre les différents découpages : communes et communautés de communes, secteurs de regroupement des collèges, définition des circonscriptions des inspecteurs de l’éducation nationale…, continue à nuire à la cohérence et à l’efficacité des décisions.
  • L’exigence et l’inquiétude des parents, la confiance limitée qu’ils accordent à l’école, à l’enseignant ou aux enseignants de leurs enfants, la difficulté réelle d’un dialogue constructif notamment quand l’élève s’adapte mal ou se trouve en situation d’échec, demeurent des obstacles à des relations apaisées où chacun sait son rôle et sa responsabilité.
  • La multiplicité des aménagements, des réformes plus ou moins profondes et rapides, des organisations, commissions et comités tendent à troubler la cohérence à laquelle chacun aspire pour jouer son rôle et anticiper les décisions à prendre. Par exemple comment s’y retrouver entre les contrats de ruralité, les conventions ruralité, l’agenda rural ou bien entre les différents outils des politiques d’aménagement du territoire.
  • Le manque fréquent de coordination entre la mise à disposition de matériel informatique (les tableaux interactifs par exemple) et la formation des enseignants rend plus difficile l’adaptation de la pédagogie à l’évolution des supports d’enseignement ou aux nécessités d’organiser l’alternance entre les enseignements en présence ou à distance.

L’école rurale a aussi ses spécificités et ses atouts

La communale bien installée au cœur de tous les villages avec sa ou ses salles de classe, son préau et le logement des instituteurs n’est plus qu’un vague souvenir dans de nombreux cantons. L’exode rural a fait son œuvre, quand bien même il resterait 2 300 écoles dans le rural éloigné et que l’on compterait, selon les classifications retenues, 42 % à 80 % de communes rurales pour 8 millions à 22 millions d’habitants.

Avec l’allongement de la scolarité obligatoire, la création du collège unique et la disparition du fameux certificat d’études primaires, la désertification des campagnes, les communes rurales ont dû organiser des regroupements pédagogiques intercommunaux regroupés ou dispersés et les élèves ont dû passer plus de temps dans les cars de « ramassage ».

Le maintien ou la fermeture de petites écoles continue cependant à alimenter les querelles entre ceux qui pensent que la disparition de l’école est un drame pour la commune, son maire et ses habitants et ceux qui pensent que l’intérêt des élèves et le bon fonctionnement de l’école exigent la mise en place d’organisations nouvelles.

Les spécificités de l’école rurale sont souvent niées. Elles mériteraient cependant d’être mises à profit et valorisées.

  • Certains enseignants méconnaissent les particularités des territoires et se réfèrent strictement aux instructions officielles, d’autres essaient de comprendre et valoriser le territoire et la culture locale pour mieux accompagner leurs élèves.
  • La taille des écoles rurales souvent réduites à une, deux ou trois classes implique une organisation scolaire mêlant des élèves d’âges et de niveaux différents.  Ce qui peut apparaître comme une difficulté pour un enseignant non formé offre cependant une richesse pédagogique dont attestent les bons résultats qu’obtiennent les élèves à la fin du cycle primaire (travail par petits groupes, développement de l’autonomie, responsabilisation et entraide entre élèves de différents niveaux).
  • L’isolement souvent ressenti par les enseignants dans le quotidien de leurs pratiques pédagogiques les incite de plus en plus à travailler en réseaux et à développer une culture collaborative.
  • Les difficultés d’accès aux équipements sportifs et culturels, de nature et d’ampleur variables selon les communes, sont à rapprocher de situations connues dans certains milieux urbains.
  • La nécessité de construire des partenariats divers et d’assurer des tâches administratives et organisationnelles exige du temps et des compétences particulières de la part des enseignants mais permet aussi de s’appuyer sur des solidarités locales.

Quelques propositions pour l’action

Notre objectif principal demeure les résultats des élèves et leur vécu dans leur environnement. Si les performances scolaires des élèves des écoles rurales en primaire demeurent d’un bon niveau, elles rejoignent les moyennes nationales en collège et en lycée, rendant les poursuites d’études dans l’enseignement supérieur trop rares. Ce constat constitue le point d’émergence d’une problématique propre à l’école rurale, partagée dans les études qui lui sont consacrées.

De nombreux jeunes manifestent leur souhait de « rester au pays » en raison d’une qualité de vie souvent supérieure à celle des villes et leurs banlieues, mais aussi d’un attachement à une culture et un environnement local. Pour autant, ce choix ne doit pas expliquer la faible représentation des jeunes ruraux dans les filières post-bac. Il est en effet nécessaire, pour vivifier le tissu économique et social local, que des jeunes désireux de garder un ancrage local poursuivent leurs études au-delà du baccalauréat, tant dans les disciplines techniques que générales.

Parce que l’école en milieu rural partage les difficultés du système éducatif dans son ensemble mais qu’elle présente également des spécificités, parce que la ruralité dans sa globalité et dans sa dimension éducative est l’objet de transformations économiques, sociales, culturelles et qu’elle fait l’objet, depuis quelques années, d’une attention politique particulière dont les effets demeurent insuffisamment visibles, il est utile de tracer des axes d’amélioration, de formuler des propositions de transformation certes centrées sur l’école rurale mais potentiellement favorables à l’évolution nécessaire de tout le système. Ces propositions peuvent s’inspirer d’exemples observés dans d’autres pays, tout en tenant compte des spécificités inhérentes à chaque système éducatif, selon les contextes politiques, économiques ou géographiques.

Plusieurs contraintes guident le choix des propositions 

  • La réalité de la situation du système en général et dans les territoires ruraux en particulier, telle qu’elle a été dessinée précédemment.
  • La prise en compte de la diversité des territoires ruraux et des organisations scolaires susceptibles de faciliter la réussite des élèves et la qualité de la vie des habitants, tout en respectant l’unité d’un système éducatif national garant de l’égalité républicaine.
  • Le parti-pris de respecter l’identité et les responsabilités de l’École, et de ses maîtres, tout en lui permettant de s’ouvrir à ses partenaires, aux conditions locales autant qu’au monde extérieur en transformation profonde et rapide.
  • La volonté de laisser une réelle marge d’initiative locale sans retirer au niveau national la responsabilité de la fixation des objectifs, de l’évaluation et du contrôle.

Propositions et suggestions

  1. L’organisation du système
  • Le rapprochement des écoles du collège du secteur doit se concevoir dans une marche vers une réelle école du socle[2]. Toutes sortes de solutions peuvent être adoptées depuis la création d’un réseau pédagogique reliant les écoles entre elles et avec le collège jusqu’à une intégration pure et simple des écoles du secteur dans le collège (physiquement et administrativement), en passant par d’autres formules que nous esquisserons dans le point consacré à l’école dans son territoire. Le principe de l’école du socle, énoncé au niveau national, doit être mis en œuvre selon des modalités relevant d’une décision locale.
  • Le pilotage d’une évolution si importante doit en partie être confié à l’administration départementale qu’il convient donc de doter d’outils solides, notamment statistiques.
  • Puisque la population scolaire varie, et dans les territoires ruraux souvent à la baisse, il faut que l’administration de l’éducation nationale donne des délais (3 années au minimum, respectées, paraissent une bonne durée) pour que les élus et les usagers puissent avoir le temps d’accepter les évolutions, de sortir de l’opposition systématique à la fermeture d’une classe ou d’une école en invoquant la mort de la vie du village s’il perd son école, en participant  à la recherche de la meilleure organisation compte tenu d’un cadrage national clairement défini.
  •  Une politique de concertation ouverte à une multiplicité d’élus, d’organismes, d’administrations exige un travail méticuleux tant au niveau des ministères que de leurs administrations départementales, ainsi qu’au niveau communal et intercommunal pour unifier les dispositifs, au moins les rendre compatibles et complémentaires. Par exemple, il est nécessaire que les politiques d’aménagement du territoire incluent la dimension éducative, que l’articulation entre les conventions ruralité, les contrats de ruralité, l’agenda ruralité soit simple et claire pour tous les acteurs concernés. Ce souci de cohérence s’impose également aux responsables locaux : élus et responsables administratifs. Les secteurs de recrutement des collèges, les limites des circonscriptions des inspections primaires, les territoires des intercommunalités gagneraient à se superposer autant qu’il est possible.
  • Le travail en réseau entre écoles, entre écoles et collèges, entre enseignants doit devenir la règle, que ces réseaux soient organisés au sein de l’institution ou plus librement, qu’ils s’appuient ou non sur les technologies de communications et l’accès aux banques de données. En Finlande, depuis une vingtaine d’années, des expériences de salles de professeurs virtuelles ou de formations à distance ont été menées avec succès pour rompre l’isolement professionnel des enseignants et permettre l’échange de pratiques pédagogiques.
  1. Les enseignants

Plusieurs niveaux de réflexion et d’action méritent d’être envisagés, seul l’immobilisme n’est pas acceptable. Considérer le recrutement, la formation, la gestion des carrières, voire la définition des missions et des conditions de travail comme satisfaisants serait une faute pour l’esprit.

  • Au plus haut niveau, il faut saluer la décision d’expérimenter, à compter de la rentrée 2021, la mise en place d’un parcours préparatoire au professorat des écoles, adossé à la préparation d’une licence généraliste. Elle ouvre enfin la perspective d’une formation cohérente, simultanée, étalée sur cinq années et non réduite à une formation successive purement théorique et disciplinaire de trois ans suivie d’une formation à la fois théorique, disciplinaire, préparatoire à un concours de recrutement et professionnelle réduite à deux années.

Dans l’attente d’une évaluation et d’une généralisation de cette expérimentation, une formation continue doit permettre aux enseignants en poste de bénéficier de compléments de formation sur les disciplines au programme de l’école, leur enseignement, la conduite de la classe et les modes d’apprentissages des élèves en développement. Il faut également réfléchir à la monovalence ou polyvalence des professeurs du collège, lui-même conçu comme la dernière étape de l’école du socle. On observe que la bivalence des enseignants est requise dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne où elle est la règle.

  • À un niveau plus aisément accessible et plus immédiatement opérationnel bien que délicat, il serait nécessaire de modifier simultanément les modalités de recrutement en faisant place à des aptitudes particulières à l’exercice de la fonction enseignante, à l’engagement à servir un certain temps dans les lieux les plus difficiles ou à se former continûment, à une augmentation des salaires et à leur progression au cours de la carrière en fonction des compétences et de l’engagement au service de l’enseignement .
  • Ainsi, plus particulièrement pour l’école rurale, il convient de lancer l’étude de la création d’une mention complémentaire « enseignement en milieu rural » conduisant à la mise en place de postes à profil, d’une formation continue diplômante et valorisée financièrement, consacrée à la prise en charge de classe multi-niveaux en école rurale, de concevoir à l’instar de ce qui a été fait pour les ZEP une prime pour un engagement à enseigner quelques années dans une école rurale peu demandée, de rechercher les bonnes modalités pour éviter les séjours trop longs ou trop courts dans la même école rurale.
  1. L’école dans son territoire ou le territoire et son école

Voici quelques décennies au Québec, le ministère de l’ducation envoyait un expert sur le terrain pour évaluer la pertinence d’une initiative prise par une école ou des enseignants et en cas d’évaluation favorable proposait une aide financière, un soutien technique ou universitaire. La tradition française ne conduit pas naturellement à suivre cet exemple qui constitue cependant une bonne façon de préserver l’unité du système tout en soutenant l’innovation et les bonnes initiatives.

  • L’évolution des effectifs d’élèves, les modifications des modes de vie et de la représentation du métier d’enseignant qui n’est plus celle d’un hussard de la république, la promotion du travail en équipe, la généralisation du recours aux technologies de l’information et de la communication, mais également les contradictions éventuelles entre la volonté d’un maire de maintenir à tout prix une école dans le village et l’intérêt supposé ou probable des élèves à bénéficier de meilleures conditions d’encadrement, d’accès à des équipements sportifs culturels tels que des bibliothèques, des musées, des orchestres… et de trouver les moyens de se projeter dans l’avenir, nécessitent que des solutions locales soient élaborées, que des partenariats soient noués, que la question scolaire, notamment celle du transport des élèves, s’insère dans une politique de développement local conduite par des élus aussi mobilisés qu’inventifs pour dynamiser leur territoire. De nombreux exemples existent.

Un système éducatif exigeant, conforté par des objectifs clairs et partagés, sûr de la qualité de ses personnels peut et doit non seulement laisser de vraies marges d’initiatives mais les susciter et les valoriser.

  • Ces marges d’initiatives peuvent permettre une plus grande interaction entre l’école et son environnement, qu’il s’agisse d’utiliser les bâtiments et équipements scolaires au service de la population locale (salles de réunion ou d’expositions, bibliothèque municipale, centre de formation pour adultes, etc.), comme c’est le cas, par exemple, en Suède, en Grèce ou au Québec, ou qu’il s’agisse de développer dans les contenus d’enseignement la connaissance du milieu environnant en s’appuyant sur les observations locales, tant historiques que géographiques.

L’éloignement des écoles rurales par rapport aux centres urbains de diffusion culturelle peut ainsi être rééquilibré par un accès direct à des connaissances moins accessibles aux élèves citadins.

  • Pour aller vers une école du socle cohérente et tendue vers la réussite et la promotion de tous les élèves il est possible de se contenter d’organiser des liaisons fondées sur des partages de matériels, de locaux, de contributions d’enseignants du collège dans les écoles et inversement, de créer un groupement scolaire auprès du collège de rattachement, de scolariser des élèves du primaire dans les locaux libérés par la baisse des effectifs.

L’important est que la visée nationale soit claire et constante et il n’est pas nécessaire d’aboutir rapidement à une réunion des écoles et du collège dans une même entité juridique capable de gérer une organisation multisites.

En guise de conclusion

L’école rurale doit, au même titre que l’école des zones urbaines en difficultés, faire l’objet d’une politique particulière vigoureuse et cohérente. Celle-ci aura des conséquences positives sur l’ensemble du système éducatif puisque les problèmes auxquels l’école rurale est confrontée sont le miroir des difficultés et des réussites de l’École publique.

Deux grands axes de travail doivent être retenus :

  • d’une part, « l’effet maître » joue un rôle majeur ; par conséquent, le recrutement, la formation initiale, l’affectation, la rémunération, l’évolution des carrières et la formation continue, l’accompagnement et l’adaptation à l’exercice en milieu rural des professeurs des écoles, domaines relevant de la responsabilité de l’Etat, doivent guider l’action et impulser les changements nécessaires,
  • d’autre part, l’efficacité de l’école est liée à la mobilisation de tous les partenaires ; cette mobilisation repose sur la marge d’initiative donnée aux acteurs locaux dans un cadre national clair et suffisamment constant pour laisser les solutions trouvées  se développer, se réguler par l’évaluation des résultats obtenus par les élèves et des effets sur la dynamisation des territoires ruraux.

Penser l’école rurale comme un laboratoire de pratiques pédagogiques et d’organisations structurelles adaptées à un public scolaire et un environnement spécifique permettrait à la fois de reconsidérer son rôle dans des territoires en mutation et de proposer des modèles susceptibles d’être transférés à des écoles urbaines nécessitant une approche différenciée.

André Hussenet                                    

au nom du groupe de travail « Écoles rurales » constitué au sein de l’association Inspecteurs de l’Éducation sans Frontières par Françoise Duchêne, Odile Luginbuhl, Françoise Monti, Michèle Sellier, Jean-Claude Cubaud, Jean Geoffroy, Robert Jammes et Christian Saint-Lezer.

Eléments de bibliographie

  • Ariane Azéma, Pierre Mathiot, Rapport Mission Territoires et réussite, novembre 2019
  • Marie-Blanche Mauhourat, Ariane Azéma, Inspection générale de l’Éducation Nationale – Inspection générale de l’Administration de l’Éducation nationale et de la Recherche, Rapport Mission ruralité – Adapter l’organisation et le pilotage du système éducatif aux évolutions et défis des territoires ruraux, juillet 2018
  • Agenda rural, Agence nationale de la cohésion des territoires
  • « Éducation et ruralités », coord. Odile Luginbühl, Pierre-Louis Gauthier, Revue internationale d’éducation-Sèvres, n° 59, avril 2012
  • Laurent Lafon, Jean-Yves Roux, Les nouveaux territoires de l’éducation, Rapport d’information fait au nom de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du sénat  n°43, 9 octobre 2019
  • Yves Alpe, Angela Barthes, Les élèves ruraux face à la stigmatisation des territoires, Agora débats/jeunesse 2014/3, n°68

[1] L’exemple le plus abouti d’une structure inclusive avec une école unique pour la période de la scolarité obligatoire se trouve dans les pays scandinaves (en particulier Finlande, Suède, Danemark). Dans d’autres pays, la continuité curriculaire pour cette période est associée ou non à une structure d’accueil unique (« Comprehensive schools » en Angleterre, « Enseñanza General Básica » en Espagne). 

[2] La loi du 28 juillet 2019 “Pour une École de la confiance” ouvrait la possibilité de créer des “établissements publics de savoirs fondamentaux” regroupant les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles, dans le but de promouvoir la continuité des apprentissages du CP à la 3ème et d’éviter le décrochage de certains élèves lors du passage en 6ème. L’objectif, par ailleurs, était de permettre le désenclavement de certaines petites écoles rurales.

 

Quelques propositions concrètes pour les écoles rurales, cœur d’une stratégie pour les territoires

Ces propositions concrètes s’appuient sur les deux axes définis en conclusion du texte. Il s’agit de mesures qui peuvent être prises rapidement et qui ne nécessitent pas d’investissement financier important.

  1. « L’effet maître » :
  • Introduire systématiquement dans le cursus de la formation initiale des maîtres un véritable module (et non quelques heures comme c’est, semble-t-il, le cas aujourd’hui) consacré à la gestion des classes multi-niveaux. 
  • Créer des postes à profil pour les enseignants incluant un engagement sur au moins 3 ans, la capacité et la volonté de travailler en réseau, y compris au niveau européen, la capacité à coopérer avec les partenaires locaux (familles, élus), la prise en compte des spécificités locales pour en exploiter le potentiel avec les élèves (géographie et histoire locales), etc.
  • Créer, à moyen terme, une mention complémentaire, centrée soit sur la spécificité géolocalisée et ses contraintes (isolement, etc.) sous l’intitulé « enseignement en écoles rurales », soit sur la pédagogie sous l’intitulé « enseignement en classes multi-niveaux », ce qui aurait un impact au-delà des écoles rurales, quel que soit le lieu d’implantation de ces classes.
  1. La mobilisation de tous les partenaires et la marge d’initiative donnée aux acteurs locaux dans un cadre national :
  • Désigner dans chaque département concerné un IEN chargé d’une mission « écoles rurales » qui aurait pour rôle de coordonner la mise en réseau des écoles et des professeurs, de mettre en place des salles de professeurs virtuelles (voir exemple de la Finlande), de proposer des modules de formation continue, d’organiser des rencontres annuelles réunissant enseignants et directeurs du secteur concerné et de faire circuler toutes les informations sur les échanges de bonnes pratiques (voir le réseau e-Twinning[1]). ( Des IEN « à profil » en charge de missions spécifiques existent déjà, mais d’après le site du ministère, aucun en charge des écoles rurales).
  • Diffuser une sorte de vademecum destiné tant aux personnels de l’Éducation nationale qu’aux responsables locaux (maires en particulier), recensant les sources d’information disponibles sur les différentes problématiques des écoles rurales (organisation, structures, pédagogie), les contacts utiles, des exemples concrets de projets susceptibles de transfert, etc. IESF propose que le texte du groupe de travail, éventuellement remanié,  puisse servir de préambule.

Evolution de l’apprentissage

L’Éducation nationale et la loi du 5 septembre 2018
pour la liberté de choisir son avenir professionnel

Les premiers effets de la loi du 5 septembre 2018 au sein de l’Éducation nationale ont été observés dans neuf académies représentatives. La convergence des constats et des analyses recueillis ont ainsi permis de formuler 14 propositions. S’appuyant, a priori, sur l’idée que l’apprentissage est « un outil d’insertion dans l’emploi, au service des jeunes et de l’entreprise », la loi a, en quelque sorte, libéralisé le dispositif.

La nouvelle loi a substitué le financement de la section d’apprentissage par le financement « à l’apprenti ». Les aides financières substantielles accordées aux entreprises ont engendré un effet d’aubaine et provoqué une explosion du nombre des contrats. Il conviendra de mesurer si, avec le temps, l’allègement des charges et les aides financières de l’État demeurent un levier assez puissant pour l’atteinte des objectifs fixés par la loi.

La nouvelle loi a créé un nouvel Établissement Public à caractère administratif (EPA) « France Compétences », (FC) sous tutelle du ministère du Travail, doté de trois missions : assurer d’abord la péréquation financière, ensuite garantir la qualité des formations et la régulation des prises en charges, et enfin maintenir l’organisation de la certification professionnelle. France Compétences dispose de l’ensemble des fonds mutualisés et assure le financement de l’apprentissage.

Onze opérateurs de compétences (OPCO) ont remplacé les vingt anciens organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA). Comme chaque OPCO a un mode opératoire différent, les centres de formation des apprentis (CFA) qui travaillent avec plusieurs branches professionnelles éprouvent des difficultés pour s’adapter à des modalités différentes. On constate également des taux de prise en charge différents pour de mêmes formations et des changements incessants de coûts annuels. Par ailleurs, il subsiste encore d’importants retards dans l’apurement des recouvrements antérieurs.

La loi a enlevé aux Régions la responsabilité de la formation professionnelle, suscitant une nouvelle collaboration avec les académies. Mais comme les Régions ont en charge les lycées, la question de l’utilisation des locaux, des plateaux techniques et des agents de service s’est immédiatement posée. Se pose également la question de l’exercice de leur mission d’information et d’orientation des élèves, des étudiants et des apprentis dans ce nouveau contexte.

L’augmentation quantitative de l’apprentissage s’est accentuée fortement depuis la publication de la loi, même s’il est difficile à ce jour de quantifier l’apport des changements quasi systématiques de contrats de professionnalisation en contrats d’apprentissage pour les adultes de 26 à 29 ans inclus. Une reprise de l’activité économique dans de nombreux secteurs et un changement de l’image de l’apprentissage y contribuent également car les parents et les enseignants considèrent désormais que l’expérience réelle de travail et l’obtention d’un diplôme en même temps sont un plus.

Mais le dispositif de préapprentissage destiné aux plus « fragiles » semble à la peine. Les académies ont toutes déjà des dispositifs de suivis des jeunes en rupture. Ces jeunes ne répondent généralement pas aux exigences des employeurs, il y a donc un danger à voir ces classes préparatoires à l’apprentissage n’accueillir que les élèves que le collège ne veut pas garder.

Les entreprises approuvent majoritairement les formations par apprentissage et accueillent donc favorablement la loi, notamment en raison de la reprise économique et de l’accompagnement financier.

L’offre de formation par apprentissage est devenue un secteur marchand à part entière, entraînant des inquiétudes sur la qualité des formations qui se multiplient. La vérification de la qualité se fait par la labellisation préalable devenue obligatoire et par les missions de contrôle qui n’interviennent que pour les formations conduisant aux diplômes des ministères certificateurs. France Compétences ne revendique d’ailleurs pas et ne peut pas revendiquer une quelconque compétence en matière de pédagogie. Le contenu de la formation est déterminé par le type de certifications choisi et il faudra être attentif à l’information des jeunes afin qu’ils restent acteurs de leurs choix, en toute connaissance des types de de formation et de certifications qui leur sont proposés.

La sécurisation des parcours est assurée par la mixité des formations dans les EPLE de l’Éducation nationale. Cette mixité des parcours est l’assurance pour le jeune d’aller à la qualification complète même en cas de rupture de contrat, qui est un problème récurrent pour l’apprentissage.

Il est sans aucun doute prématuré d’apprécier l’accès à l’emploi des apprentis. La question demeure de savoir si la loi a permis de résorber le chômage des jeunes, diplômés à la recherche d’un emploi ou ayant quitté précocement le système éducatif et ne parvenant pas à s’insérer ; ou bien la loi n’aurait-elle abouti qu’à un transfert des élèves de la formation sous statut scolaire vers l’apprentissage ? Le public concerné d’un niveau de formation élevé n’aurait-il pas trouvé, in fine, un emploi même s’il avait poursuivi son cursus en formation scolaire, laissant ainsi sur le bord de la route les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation de quelque niveau que ce soit ?

La loi de 2018 a conduit l’Éducation nationale à des évolutions comme le renforcement d’une concertation interne et d’une communication externe. La concurrence accrue avec le secteur privé a créé pour les académies une réelle opportunité de développement et de cohésion. Il n’existe plus réellement de position de principe contre l’apprentissage.

Les académies se sont massivement saisies de cette modalité de formation qu’elles ont organisée librement en l’absence de consignes de l’administration centrale. Le maillage des EPLE, avec leur GRETA, leur donne un avantage territorial en matière de réponses satisfaisant aux besoins de l’emploi. Les GIP FCIP, GRETA et EPLE ont été contraints d’évoluer dans un paysage transformé par la loi sans qu’aucune préconisation ministérielle sur la place de l’apprentissage en académie ne soit donnée, pendant ces trois premières années. Il est désormais urgent que le ministère de l’Éducation nationale affiche des objectifs en matière d’apprentissage tant sur le plan quantitatif que qualitatif.

Le développement de l’apprentissage soulève la question de la mission même des lycées professionnels. La dernière réforme de la voie professionnelle, dont la mise en place vient de s’achever, a fait le choix d’opposer deux systèmes de formation : l’apprentissage et le lycée professionnel en donnant la priorité au premier. On peut regretter qu’elle ait été engagée avant la loi sur l’apprentissage et qu’elle n’ait pu prendre en compte la nouvelle situation en incluant ces problématiques.

Le rôle de l’Éducation nationale vis-à-vis du niveau III de qualification continue de se poser puisque ce sont les plus hauts niveaux de qualification qui ont tiré le meilleur profit de la loi.

La question des diplômes et des compétences transversales doit être examinée puisque la loi semble prioritairement destinée à satisfaire aux besoins immédiats de l’emploi tout en réduisant le chômage des jeunes.

Les incidences sur les personnels et les outils de gestion sont multiples. La prise en charge de l’apprentissage par les EPLE et les GRETA a entraîné un travail supplémentaire, administratif et comptable, important. Pour y faire face, les opérateurs ont dû recruter de nouveaux agents. Les GRETA ont dû repenser leur organigramme ; les CFC ont dû s’adapter à leur nouveau métier. Dans la plupart des académies, on note des difficultés de gestion des ressources humaines, et on constate que le statut général des enseignants n’est plus adapté.

La loi est plébiscitée par tous. Assortie de subventions d’État importantes et dès lors incitatives, la loi a contribué à améliorer l’image de l’apprentissage. L’augmentation des entrées est indéniable même si elle découle en partie du transfert d’importants effectifs antérieurement en contrats de professionnalisation. N’oublions pas également que cette loi intervient dans un contexte particulier de reprise économique, de COVID et de modification des règles sur le chômage qui incite à la prudence sur les conclusions à tirer de sa mise en œuvre actuelle. Cependant les auteurs de l’étude formulent 14 propositions.

Pour l’Éducation nationale :

  • Proposition N°1 : Demander au ministère de l’Éducation nationale d’afficher des objectifs en matière d’apprentissage tant sur le plan quantitatif que qualitatif (niveaux de formation, types de spécialités, parcours, passerelles, etc.)
  • Proposition N°2 : Inscrire l’apprentissage dans les projets académiques, dans les projets d’établissement, dans les contrats d’objectifs des EPLE et dans les lettres de mission des chefs d’établissement
  • Proposition N°3 : Réaffirmer l’importance du rôle des DAFPIC dans la maîtrise de la concurrence entre établissements
  • Proposition N°4 : Aboutir le plus rapidement possible à une réforme des LP qui prenne en compte le développement de l’apprentissage et conduire une réflexion sur les LEGT
  • Proposition N°5 : Veiller à la qualité des mixités mises en place (appui à l’organisation des différentes formes d’alternance, individualisation des parcours, différenciation pédagogique …)
  • Proposition N°6 : Assurer le suivi des élèves, des apprentis et des étudiants par un identifiant jusqu’à leur entrée dans la vie active
  • Proposition N°7 : Veiller à ce que l’activité « apprentissage » des GRETA ne se fasse pas au détriment de l’activité « formation continue »
  • Proposition N°8 : Doter les CFA de l’Éducation nationale d’un barème de rémunération des personnels permettant une juste concurrence avec les établissements privés, le « barème de Montpellier » étant obsolète
  • Proposition N°9 : Former les CFC en exercice aux spécificités de l’apprentissage et intégrer cette dimension dans la formation initiale de ces personnels
  • Proposition N°10 : Transformer les rectorats en EPA pour qu’ils soient un partenaire de même niveau que France Compétences et pour concentrer formation initiale, formation continue et apprentissage dans un même centre de décision (Voir la publication “Pour une École de la Confiance” d’IESF)


Pour France Compétences :

  • Proposition N°11 : Apurer rapidement les recouvrements des actions de formation antérieures à la Loi
  • Proposition n°12 : Harmoniser le fonctionnement des OPCO voire créer un OPCO Finances
  • Proposition N°13 : Confier à l’Éducation nationale et aux autres ministères certificateurs le contrôle pédagogique de l’ensemble des formations par apprentissage, y compris celles qui préparent au titre RNCP
  • Proposition N°14 : Réaliser un bilan et un audit des préapprentissages et vérifier l’utilisation des fonds voire arrêter le financement
Groupe de travail de l’association IESF
Françoise DUCHENE
André HUSSSENET
Jacques MADIER
Jacques PERRIN
Jean-Claude RAVAT
Michèle SELLIER
Michel VALADAS
Mars 2022

Au services de l'éducation et de la formation dans le monde

Retour en haut